La Taurus Mountain Race est une course de bikepacking en autonomie totale, disputée pour la première fois en octobre 2026 dans le sud de la Turquie. 1460 kilomètres, 36000 mètres de dénivelé positif, un départ d'Antalya le 14 octobre et une arrivée à Erdemli au plus tard le 24 octobre à minuit. Pas d'assistance, pas de ravitaillement privé, pas d'hébergement réservé: chacun porte ce dont il a besoin. Je suis Adrien, gérant du magasin KAMEO de Bruxelles, et je serai au départ ce cet évènement majeur dans le monde de l’ultra-distance.
Pourquoi celle-là? Parce que c'est une première édition, parce que Nelson Trees, qui l'organise, signe des courses géniales au Kyrgystan, Maroc, Grèce et maintenant en Turkyie. Aussi parce que c'est du off-road: le VTT me parle, c'est là que je prends le plus de plaisir. J'ai déjà terminé la Silk Road Mountain Race, l'Atlas Mountain Race, la Transbalkan, l'Italy Divide, la Bohemian Border Bash, la Pirenaica et plusieurs courses en Belgique ou ailleurs. Celle-ci, j'avais vraiment envie d'y être. Le parcours Départ et arrivée sur la même côte méditerranéenne avec 1460 kilomètres de détour par l'arrière-pays. Un itinéraire que l'organisateur qualifie lui-même de « sinueux et parfaitement inutile, mais assez joli ». Cela fait près de 2500 mètres de dénivelé positif par 100km, soit l'équivalent cumulé de quatre ascensions de l'Everest. L'essentiel du tracé emprunte des pistes 4x4 et des routes gravel, avec très peu de bitume. Trois checkpoints obligatoires jalonnent la course, après 250 km, 654 km et 1111 km. Le parcours exact reste secret jusqu'à quelques semaines avant le départ. Personne ne pourra aller le reconnaître avant les autres, et c'est très bien comme ça.
L'autonomie, au sens strict! Quand j'explique les tenants et aboutissants de cette course, la phrase qui revient le plus souvent, c'est: « je ne savais pas que c'était possible de faire ça ». Aucune assistance extérieure, aucun ravitaillement ni hébergement privé, pas d'aspiration derrière un autre coureur, tout mouvement est se fait à la force des jambes. Ce qui est offert spontanément par les habitants peut être accepté; ce qui est demandé, non. Sur la Silk Road, ce que ça veut dire concrètement, c'est la traversée de la vallée d'Arabel: deux jours et demi sans ravitaillement, sans assistance, et surtout sans croiser personne. Ça, c'est parfois un peu dur. Ici enTurkyie on recense 25 points de ravitaillement, espacés d'une centaine de kilomètres en moyenne, mais la section la plus isolée approche les 200 km sans le moindre commerce. Il faut aussi garder en tête qu’une épicerie de village turque n'est pas un supermarché, les options sont limitées et il faut bien planifier ses calories.
Quatre saisons en dix jours Le tracé monte au-delà de 3000m d’altitude. Lors des reconnaissances, les organisateurs ont relevé des températures allant de +30°C à -5°C, avec de la pluie et un peu de neige pour couronner le tout. Ce qui m'inquiète le plus c’est bien la pluie: j'ai vite froid sur le vélo et ça me sappe le moral (et le mental) donc je m'équipe en conséquence pour reculer le moment où la pluie traverse mon équipement. Le matériel obligatoire suit la même logique: couchage permettant de dormir à -5°C, veste imperméable, surpantalon, bivy ou tente, deux paires de gants, couverture de survie, purification de l'eau, éclairages puissants etc.
Quel vélo prendre? L'organisateur est clair: VTT, pneus d'au moins 2,0 pouces, cintre plat, et un développement très court avec au minimum un rapport 1:1. La formule suivante donne le ton « à l'arrivée, beaucoup de coureurs partis en gravel auraient voulu être en VTT, mais aucun coureur parti en VTT n'a regretté de ne pas être en gravel. » De mon côté, la question n'est pas la vitesse mais la casse. Sur des vélos chargés qui reviennent de voyage, ce qu'on voit passer le plus souvent, ce sont des flancs de pneus déchirés, des éléments de transmission cassés et des freins usés. Préparer un vélo pour ce genre d'épreuve, c'est anticiper cette usure-là et éviter les pertes de temps ou l’abandon.

