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Bikepacking #3 — Taurus Mountain Race : la préparation
Temps de lecture estimé : 6 minutes

Bikepacking #3 — Taurus Mountain Race : la préparation

On ne prépare pas une course de dix jours comme une cyclosportive. L'enjeu n'est pas la puissance d'un jour, c'est la capacité à enchaîner de grosses journées, en dormant peu, en étant probablement sous-nourri par rapport aux calories brûlées et en portant son matériel.

Je suis Adrien, gérant du magasin KAMEO de Bruxelles, et je vise moins de cinq jours sur les 1 460 km de la Taurus Mountain Race. Voici ce que cet objectif implique concrètement : le volume, la semaine type, le renforcement et le sommeil.

Troisième volet d'une série de quatre. Les distances et les horaires proviennent du Race Manual 2026, version préliminaire réservée aux coureurs inscrits, consultée en septembre 2026. Les volumes d'entraînement relèvent de ma pratique personnelle et ne constituent pas un programme à suivre.

< 5 jours

mon objectif, quand la course en autorise dix

300 km

et plus de 7 000 m de dénivelé par jour, vélo chargé

15 à 20 h

d'entraînement par semaine, vélo et renforcement

Commencer par le calcul

Vue sur un col dans la chaîne du Taurus. C'est cette répétition-là qui se prépare, pas la performance d'une sortie.

Vue sur un col dans la chaîne du Taurus

1 460 kilomètres, 36 000 mètres de dénivelé et une ligne d'arrivée qui ferme dix jours après le départ. C'est ce calcul-là, et rien d'autre, qui dicte l'entraînement.

Deux façons de lire la même course
→ terminer dans les délais : près de 140 km et 3 400 m de dénivelé par jour, pauses et sommeil compris
→ boucler en moins de cinq jours : près de 300 km et plus de 7 000 m de montée quotidiens, tous les jours, avec le vélo chargé

Ma semaine

Je tourne entre quinze et vingt heures d'entraînement par semaine. Le squelette ne change presque pas.

Lundi renforcement

Mardi et mercredi vélo

Jeudi renforcement

Vendredi petite sortie, ou repos

Week-end les grosses journées, celles qui construisent l'endurance de répétition

Je fais énormément de renforcement, pour les articulations autant que pour les muscles, et je suis suivi par une kiné qui adapte le programme à ma pratique, à comment je me sens et à l'évolution de tout ça. Ce n'est pas accessoire : c'est ce qui me permet d'encaisser le volume sans me blesser.

Les zones et les intervalles, j'en fais, mais plutôt l'hiver et bien à l'avance. C'est moins déterminant en ultra que sur des formats courts, même si pouvoir rouler au seuil reste non négligeable. Concrètement : une à deux séances de home-trainer par semaine en hiver, et dehors le reste de l'année.

Deux coureurs et leurs vélos chargés avant une nuit passée sur le vélo

Concilier ça avec le magasin

Avec un concurrent, avant une nuit sur le vélo. Ces moments-là se paient en organisation pendant les mois qui précèdent.

Je roule soit le matin, soit le soir. Pareil pour le renforcement. Tout tient à l'organisation : se coucher tôt, se lever tôt, et vivre un peu comme un moine. Il y a des sacrifices à faire, surtout côté vie sociale et sorties. Mais le bonheur qu'on a une fois en course rend ces sacrifices très faciles à accepter.

L'endurance de répétition

Je ne me demande jamais « à quelle vitesse puis-je rouler aujourd'hui ? » mais « dans quel état serai-je demain matin si je roule à cette vitesse ? ». Cette capacité à récupérer la nuit et à repartir est une aptitude en soi, distincte du niveau de forme, et elle s'acquiert en enchaînant les journées longues. S'il y a une erreur que j'ai pu commettre, c'est de me croire plus fort que je ne l'étais : lever le pied trop tôt à l'entraînement, ou rouler trop vite en début de course.

Il faut aussi rouler chargé. Un vélo chargé ne se comporte pas comme un vélo nu, et c'est la seule façon de découvrir à temps le point de contact qui devient douloureux au bout de plusieurs jours. Le corps s'adapte à beaucoup de choses, mais il ne s'adapte pas en course : ce travail se fait en amont.

Le sommeil

Pour tenir sous les cinq jours, je vise quatre à cinq heures de sommeil par nuit : c'est ce qui permet de tenir la longueur. Et je coupe vers la fin, avec la dernière nuit en overnighter pour gagner du temps et potentiellement reprendre quelques places. Le dernier jour, mentalement, ça passe plutôt bien.

La règle que je ne transgresse pas
→ ne jamais abandonner la nuit. Il vaut toujours mieux dormir et faire le point à tête reposée que décider quand on n'est plus lucide.

Les participants juste après le départ de la course

Les participants, juste après le départ. Dix jours plus tard, il n'en restera pas beaucoup groupés.

Les questions qu'on me pose

Faut-il rouler 20 heures par semaine pour terminer ?

Non. Ce volume correspond à un objectif de moins de cinq jours. Pour terminer dans les délais, le calcul tombe à environ 140 km et 3 400 m de dénivelé par jour : c'est un tout autre projet, qui demande surtout de savoir enchaîner des journées longues, pas d'être rapide.

Le renforcement est-il vraiment nécessaire ?

C'est ce qui me permet d'absorber le volume sans me blesser. Il travaille autant les articulations que les muscles, et il gagne à être suivi par un professionnel qui l'adapte à votre pratique plutôt que copié depuis un programme générique.

Faut-il faire des intervalles ?

Ils comptent moins qu'en format court, mais pouvoir rouler au seuil reste utile. Je les place l'hiver, loin de l'échéance, à raison d'une à deux séances de home-trainer par semaine ; le reste de l'année se passe dehors.

Peut-on s'entraîner sans charger le vélo ?

C'est le meilleur moyen de découvrir en course le point de contact qui devient douloureux au troisième jour. Un vélo chargé ne se pilote pas, ne monte pas et ne descend pas comme un vélo nu : ces sensations-là se travaillent avant, pas pendant.

Le reste de la série
→ #1 — La course expliquée : parcours, autonomie, météo
→ #2 — L'équipement : le vélo, les sacoches, l'outillage
→ #4 — La nutrition : manger et boire en autonomie

Nos sources

Distance, dénivelé, horaires de départ et de fermeture, mises en garde sur l'épuisement et le manque de sommeil, documents exigés à l'inscription : Taurus Mountain Race — Race Manual 2026, version préliminaire pour les coureurs inscrits, Silk Road Mountain Race LTD (themountainraces.cc).
Moyennes journalières : calcul à partir de ces chiffres, détaillé dans le texte.
Volumes d'entraînement, semaine type, renforcement et stratégie de sommeil : pratique personnelle, sans valeur de programme.

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Galerie

  • Vue sur un col dans la chaine du Taurus
  • Les participants après le départ de la course

Publié le 16 septembre 2026

par Adrien Guilmin

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