La question n'est pas tellement de savoir quoi manger, mais où. Sur la Taurus Mountain Race, la distance moyenne entre deux ravitaillements tourne autour de 100 km, et la section la plus isolée approche les 200 km. Se nourrir devient un problème de logistique avant d'être un problème de diététique.
Je suis Adrien, gérant du magasin KAMEO de Bruxelles. Dernier volet de la série : ce que je mange avant le départ, comment je planifie pendant la course, et pourquoi l'eau pose un problème que la nourriture ne pose pas.
Quatrième volet d'une série de quatre. Les données de ravitaillement proviennent du Race Manual 2026, version préliminaire réservée aux coureurs inscrits, consultée en septembre 2026. Les chiffres caloriques sont des estimations personnelles, non mesurées.
25
points de ravitaillement sur tout le parcours
200 km
la section la plus isolée, sans le moindre commerce
8 000 kcal
de dépense par jour, pour 4 000 à 5 000 ingérables
Avant la course : charger, dans les deux sens
Havre de paix au checkpoint : un vrai repas, c'est autant de calories qu'on n'aura pas à porter.
La semaine qui précède le départ, je mange beaucoup de riz et beaucoup de pâtes pour un carb loading classique. Mais je fais aussi quelque chose qui a l'air contradictoire : je mange gras, pour me constituer des réserves. Sur une course pareille, on brûle tellement plus de calories qu'on ne peut en ingérer que si le corps n'a pas de réserve, il va puiser directement dans les muscles. Ça m'est déjà arrivé une fois, et je veux éviter de reproduire l'expérience.
L'organisation insiste surtout sur l'estomac, et j'en ai fait l'expérience à mes dépens. Sur la Silk Road, j'ai bu de l'eau mal filtrée dans une rivière et j'ai passé les trois jours suivants avec de gros problèmes digestifs, en pleine course. Depuis, j'emporte un kit de médicaments de base sur chaque course hors d'Europe. Ça ne pèse rien et ça peut m'éviter pas mal de problèmes.
Pendant : raisonner par section, pas par journée
25 points de ravitaillement jalonnent le parcours, très inégalement répartis : quelques ravitaillements majeurs avec restaurants et hôtels, une longue série d'épiceries de village, et jusqu'à près de 200 km sans le moindre commerce. Leurs horaires sont par ailleurs aléatoires, sans garantie d'ouverture quand on passe. Je ne planifie donc pas mes repas par journée, mais par section entre deux ravitaillements.
Ce que je transporte, ce que j'achète
→ emporté de Belgique : gels, quelques produits de performance spécifiques, pastilles de minéraux
→ acheté sur place : ce que je trouve, des Snickers, un petit resto quand il y en a un
→ la règle : ce qui ne se trouve pas se transporte, ce qui se trouve s'achète
Combien, et comment ?
Adrien, gérant du magasin KAMEO de Bruxelles. Sur ce format, l'écart entre ce qu'on brûle et ce qu'on avale est structurel.
Sur une journée de ce type, la dépense tourne autour de 8 000 kcal, alors que je ne peux réalistement en ingérer que 4 000 à 5 000. C'est pour ça que les réserves comptent. Je ne compte rien pendant la course : dès que je peux manger, je mange.
Et quand on n'a plus faim mais qu'il faut quand même avaler quelque chose, mon meilleur allié reste le yaourt à boire. Pas besoin de mâcher, ça coule tout seul, ça fait du bien. C'est bête, mais ça débloque des situations.
L'eau, et les repas chauds
Un moyen de purifier l'eau figure au matériel obligatoire, et je suis intraitable sur le sujet : je traite systématiquement, même quand la rivière paraît limpide. Je pars avec une gourde filtrante LifeStraw. L'eau pose en plus un problème que la nourriture ne pose pas : elle est lourde, et ses points ne coïncident pas forcément avec ceux du ravitaillement alimentaire.
Du côté des repas chauds, l'organisation prévoit de la nourriture aux checkpoints de Köprülü Canyon et de Demirkazık. Ces services restent conformes au règlement parce qu'ils sont accessibles à tous dans les mêmes conditions.
La ligne de partage du règlement
→ autorisé : ce qui se paie dans un commerce ouvert à tous
→ interdit : tout arrangement privé, sous peine d'exclusion de la course
Nuit à l'hôtel. Les ravitaillements majeurs offrent parfois bien plus qu'un simple réapprovisionnement.
Les questions qu'on me pose
Faut-il emporter toute sa nourriture depuis la Belgique ?
Non, et ce serait même contre-productif : chaque calorie transportée est du poids à monter. Je n'emporte que ce qui ne se trouve pas sur place — gels, produits spécifiques, pastilles de minéraux — et j'achète le reste dans les épiceries de village.
Que faire quand on n'a plus faim ?
C'est le vrai problème après quelques jours. Le liquide passe quand le solide ne passe plus : le yaourt à boire est mon meilleur allié, parce qu'il n'y a rien à mâcher et qu'il se digère facilement. Continuer à avaler quelque chose compte plus que le contenu exact.
Faut-il vraiment filtrer une eau qui paraît propre ?
Oui, systématiquement. Une rivière limpide ne dit rien de ce qu'il y a en amont, et trois jours de problèmes digestifs en pleine course coûtent infiniment plus cher que les secondes perdues à filtrer. Un moyen de purification figure d'ailleurs au matériel obligatoire.
Manger au restaurant, est-ce compatible avec l'autonomie ?
Oui. Ce qui compte, c'est que le service soit accessible à tous les coureurs dans les mêmes conditions : un restaurant ouvert, une épicerie, un hôtel qui prend des clients. C'est l'arrangement privé — quelqu'un qui vous attend avec un repas — qui est interdit.
Le reste de la série
→ #1 — La course expliquée : parcours, autonomie, météo
→ #2 — L'équipement : le vélo, les sacoches, l'outillage
→ #3 — La préparation : l'entraînement et le sommeil
Nos sources
Nombre et répartition des points de ravitaillement, distance maximale sans commerce, mises en garde sur les problèmes digestifs, obligation de purifier l'eau, nourriture disponible aux checkpoints et règles sur l'assistance extérieure : Taurus Mountain Race — Race Manual 2026, version préliminaire pour les coureurs inscrits, Silk Road Mountain Race LTD (themountainraces.cc).
Dépense et apport caloriques journaliers : estimations personnelles issues de mes courses précédentes, non mesurées en laboratoire.
Stratégie d'avant-course, choix de filtration et retours de terrain : expérience personnelle.
Une question sur la préparation d'un voyage ou d'une course en autonomie ?
Écrivez-nous, on répond avec plaisir et en connaissance de cause.

